vendredi 8 juillet 2016

Les responsabilités administratives : la théorie


   Bonjour à tous,

   Souvent sous-estimées d’un point de vue extérieur, les responsabilités administratives nécessitent cependant un fort investissement de la part des enseignants qui les occupent.

   Nous l’avons vu précédemment (Cf. La lutte pour les responsabilités : les décharges de cours), leur exercice peut avoir pour seul but l’obtention d’une prime ou, le plus souvent, d’une décharge de cours. 
   Cette optique résolument fourbe obéirait alors à une optique volontariste : ainsi, devenir coordinateur d’une Licence, responsable d’un Master ou directeur d’un département, reposerait sur un choix de la part de l’enseignant. 
   Au terme d’une lutte acharnée entre collègues, celui-ci parviendrait alors au poste tant convoité, l’objectif étant alors, en devenant, par exemple, doyen de la faculté – on utilise, aujourd’hui, le terme moderne de directeur d’UFR – de prescrire une ligne de conduite, de manœuvrer à l’émergence de projets, autrement dit d’insuffler un vent d’Excellence à toutes les formations qu’elle chapeaute (Cf. L'exercice du pouvoir).

   Vous l’aurez compris grâce à l’emploi du conditionnel, toutes ces dissertations ne sont toutefois que pure théorie, la pratique de responsabilités administratives amenant l’amateur d’Excellence à de cruelles désillusions (Cf. Les responsabilités administratives : la pratique).


   Pr. Fourbe

samedi 11 juin 2016

Les rattrapages : la réalité


   Bonjour à tous,

   En ce mois de juin bien entamé, la période est, pour nombre d’étudiants, celle des rattrapages. 
   Sur le point d’achever la correction des nombreuses copies – d’ailleurs médiocres – qui en résultent, il me semblait pertinent de consacrer un article à la réalité de ce que sont les épreuves de rattrapages.

   La seconde session devrait, en théorie, permettre aux étudiants plus lents que leurs congénères – ou simplement plus oisifs – de bénéficier d’une autre chance dans la validation des enseignements qu’ils subissent. 
   Notez bien le choix des mots : validation, d’une part, puisque l’écrasante majorité des étudiants n’a plus, aujourd’hui, d’autre prétention que de « valider » son année pour sauter à la suivante. Cette vision les conduit alors à subir des cours, simples obstacles, à leurs yeux, entre eux et leur diplôme.

   Les rattrapages, donc, sont toutefois, en réalité, bien différents de cette prétendue seconde chance. 

   Ils sont en fait l’occasion, pour nous autres enseignants, de donner les sujets les plus tordus, que les scrupules nous empêchent de proposer lors de la session normale. 
   D’où, évidemment, un véritable carnage au niveau des notes – un massacre, que dis-je, une hécatombe... !

   Ma foi, quitte à corriger deux fois les mêmes copies lamentables, autant voir la chose comme un divertissement. 


   Pr. Fourbe

Les plans de cours


   Bonjour à tous,

   Si le plan d’un cours s’avère un atout précieux pour l’étudiant qui le reçoit, facilitant tant le suivi que la mémorisation des préceptes entre lesquels s’intercalent les subdivisions, force est de constater que les enseignants ne possèdent pas de conception unique à ce sujet.

   Evidemment, le PRAG détestable ne donne pas de plan, préférant laisser l’auditoire dans l’ignorance face à la densité de son cours. Ainsi contrainte de demeurer attentive à chaque énonciation d’une nouvelle section, la peuplade estudiantine fait-elle au moins raisonner son silence.

   Pas non plus de plan pour la PRCE folledingue, ses divagations imprévisibles, partant dans tous les sens, en cours comme au dehors, ne suivant aucune trame que ce soit.

   Quant à notre ami juriste, le Maître de conférences prétentieux, ce dernier distribue chaque année, à ses étudiants, pas moins de huit pages de plan de cours, admirant alors sans doute, non sans une certaine délectation, les traits d’angoisse sur leurs visages innocents, prêts à s’évanouir face à cette kyrielle de sous-sections. 
   Le Maître de conférences prétentieux et Moi nous amusâmes d’ailleurs, il y a quelques années, au concours du plan de plus long – mais je crois qu’il ne faille l’admettre : les juristes, fourbes par nature, sont imbattables à ce jeu.


   Pr. Fourbe

dimanche 15 mai 2016

Le roi des fourbes


   Bonjour à tous,

   L’univers politique vous a appris à user des entourloupes scabreuses, des tromperies les plus noires, des fraudes obscures et des plans ignobles. Pour autant, même un Président sortant, socialiste de surcroît, ne saurait se passer des conseils du Professeur Fourbe. 
   Ainsi proposé-je la mise en place d’un stratagème ambitieux, quoique prévisible, édifié autour de trois grands axes : l’union de votre propre famille (I), l’implosion du camp adverse (II), ainsi que la fausse baisse du chômage (III).

I – Rassembler son propre camp, de gré ou de force.

   Afin que votre famille politique s’unisse autour de vous avec le plus beau sourire, deux leviers majeurs sont à votre disposition :

1°/ Démanteler l’opposition interne (écologistes, frondeurs, troublions divers), faire des cadeaux, offrir des postes – en somme, acheter la loyauté de vos serviteurs, quitte à les jeter aux oubliettes une fois l’élection passée.

2°/ User vos sous-fifres, les utiliser comme fusibles, rester le seul présidentiable de toute la bande. 
    Si besoin, ressortir du saloir les grands pontes de la gauche et obtenir leur soutien.

   Voilà, votre camp est derrière vous. Maintenant vous faut-il encore pourfendre le camp adverse, au moyen d’une double lame fourbe et tranchante (II).

II – Le camp adverse : éliminer et faire monter.

   L’opposition qui vous fera face se divise en réalité en deux catégories : opposition crédible – celle qui prendra votre place si vous la laissez faire –, qu’il faut détruire, et opposition-système, qu’il faut le plus possible faire monter. Deux missions sont donc à mener :

1°/ Démolir l’opposition crédible, celle qui pourrait vous battre – autrement dit, la droite. Tendre des pièges à votre rival le plus sérieux – lui savonner la planche, ressortir les vieilles affaires, faire raisonner les casseroles, l’empêcher de s’imposer comme le leader naturel de son camp. Ainsi, si la besogne est bien faite, n’y aura-t-il personne face à vous.

2°/ Dans le même temps, par sécurité, tâcher d’élever l’opposition-système, de sorte à l’amener au second tour. Par les rouages aisés de la diabolisation et la levée d’un bouclier prétendument républicain, vous assurerez-vous alors d’une victoire triviale.

III – Le chômage : tout mettre en œuvre pour le faire baisser.

   Malgré la mise en œuvre des deux manœuvres ci-dessus, la baisse du chômage reste une condition de première ordre afin d’être réélu (III). Il vous faut alors :

1°/ Jouer avec les différentes catégories de chômeurs – manipuler les chiffres, en somme –, multiplier les contrats aidés et autres dispositifs du même genre.

2°/ Miser sur la formation. Puisque les chiffres doivent vous être favorables à un instant t, peu importe s’ils explosent à nouveau une fois l’élection passée. 
   Ainsi une sournoiserie émerge-t-elle : en déplaçant le commencement des formations en novembre-décembre, et en poussant le nombre d’inscrits au maximum, vous vous assurez d’une baisse du nombre de chômeurs, cette dernière soit-elle une illusion grossière.

   J’en ai fini avec ces quelques conseils. 
   Je vous donne donc rendez-vous dans quelques mois, le soir du second tour des présidentielles, afin que nous examinions la concrétisation – ou non – de mes prophéties dilatoires.


   Pr. Fourbe

samedi 30 avril 2016

Les étudiants tricheurs et le laxisme


   Bonjour à tous,

   Je ne vous apprendrai rien en déclarant que le laxisme constitue une autoroute pour la médiocrité, l’exemple du laisser-aller en matière de triche lors d’examens universitaires en étant, hélas, une illustration trop criante.

   En effet, lorsque des professeurs ferment les yeux sur un cas de fraude – cela arrivant plus souvent que ne le pense le regard extérieur –, leur inaction engendre des effets autrement plus grands que la non-sanction de l’étudiant fautif et relève d’une incitation à ce que les autres délaissent leur intégrité morale pour, eux-mêmes, ayant pesé le pour et le contre dans leur matrice des gains, plongent tête la première dans le bassin des pratiques répréhensibles. 
   De la sorte, certains examens – qui plus est ceux relevant du contrôle continu, l’enseignant, s’il n’invite pas, comme le Professeur Fourbe, ses sous-fifres personnels, munis pour l’occasion d’une matraque, d’un taser et de lunettes noires, à jouer avec lui les matons, se retrouvant seul à surveiller – se transforment en véritables concours de triche.

   Face à une telle situation, Je proposai alors que mes collègues se joignissent à Moi afin d’éradiquer ce fléau de grande ampleur, lequel ruine la réputation de notre belle Université et nous prive, au profit d’un ramassis de feignasses l’ayant rejointe par défaut, des étudiants les plus prometteurs. 
   Je ne me refusais d’ailleurs pas à me faire incarnation de cette alliance contre les affres du médiocre – cette optique désintéressée n’étant, bien entendu, qu’illustration de mon extrême dévotion.

   Quelle surprise s’empara alors de Moi lorsque certains collègues – disons plutôt sous-collègues – me firent part de leur refus quant à mes propositions symboliques, constituant notamment à ce que l’on instaurât un mur des tricheurs, exhibant les noms et clichés faciaux des étudiants fautifs, ou à ce que l’on propageât la rumeur de quelques représailles physiques, histoire, comme disent les jeunes, que les impétrants « flippassent leur race ».

   Fallait-il ainsi que nous mourussions en tant que lâches, incapables de défendre, sinon l’Excellence, ne fût-ce qu’un résultat à hauteur de l’effort, plutôt que de risquer d’être sévères
   Apparemment, certains collègues pensent que oui. 
   Et l’Université, faute de sursaut, ne s’en relèvera pas.


   Pr. Fourbe